Nous avons déjà traité dans ce blog : plusieurs articles sur les toilettes publiques, car nous soutenons cette grande cause. Mais seulement sur le plan d’absence de civilité. Aujourd’hui, il s’agit d’un sujet sur le fond du problème.

Tout d’abord il s’agit d’une préoccupation récente issue d’une épidémie de choléra à Londres (1849) … et d’un fort épisode de sécheresse de la Tamise (1858) qui incommoda fortement les parlementaires britanniques pour causes d’odeurs nauséabondes. Certains pensaient même que le choléra se transmettait par ses miasmes (odeurs) Et ce n’est qu’en 1886 que l’on éventra les rues de Londres, puis de Paris pour y installer des canalisations d’un « tout à l’égout ».

Depuis la fin des travaux, le choléra n’est jamais réapparu dans Londres.

La chasse d’eau elle, fut créée par Harrington (filleul de la Reine Élisabeth 1er) au XVI e siècle. Mais il fallut attendre plus de 200 ans pour que celle-ci se développe dans les apparentements (bourgeois).

Aujourd’hui se pose pour toutes les nations un nouveau problème écologique à savoir : les 30 à 50 litres d’eau POTABLE par jour et par citoyen utilisés dans les toilettes !

Avant cela, tout était jeté dans la rue, par la fenêtre !

Pourtant des villas romaines disposaient déjà et souvent de canalisations ad hoc ! Ils possédaient aussi des toilettes publiques (sans cloison) dans les quelles ils tenaient des conversations.

En France en 1970 : seul un logement sur deux disposait de toilettes dans l’appartement même !

En Inde

Il s’agissait plutôt d’un problème culturel. Dans les textes anciens « la merde » était impure, il fallait déféquer, à l’air libre, à une distance de 5 portées de flèche de son domicile » !  Traditionnellement les excréments étaient ramassés et collectés par les « intouchables ». Ou jetée dans la rue et dans les ruisseaux.

Mis à part les problèmes de santé (choléra, fièvre typhoïde, dysenteries ).

Et de salubrité publique facilement imaginables se posait plus particulièrement pour les femmes : des problèmes de sécurité qui allaitent déféquer de nuit dans la nature, au risque de rencontrer des prédateurs sexuels qui les attendaient ou plus naturellement des guépards postés dans les buissons.

De vieux bus-toilettes repeint en rose :

Les femmes indiennes peuvent disposer, entre autres, de « Bus-toilettes » qui circulent pour faire leurs besoins. Pour la modeste somme de cinq roupies (6,4 centimes d’euro), n’importe quelle femme peut monter à bord pour utiliser les toilettes, allaiter des bébés ou encore acheter des couches ou serviettes hygiéniques.

Dans nombre de pays la question des toilettes (publiques) se pose, et pour longtemps encore pour des raisons économiques certes … mais aussi par manque de sensibilisation des exécutifs locaux.

Les toilettes en Inde :

L’Inde est un pays riche en voie de développement qui compte 1,2 milliard d’habitants.  Pourtant environ 600 millions d’indiens n’ont en effet pas encore de toilettes dans leur foyer ni de WC publiques.

Dans le monde, il existe pourtant des pays moins avancés comme le Burundi où pourtant 97 % de la population fait ses besoins dans des toilettes !

Ce manque d’hygiène et les frais sanitaires qui en découlent coûteraient économiquement à l’Inde : plus de 6 % de son PIB , selon la Banque mondiale. De nombreuses jeunes filles ne vont pas à l’école, faute de la présence de toilettes, ce qui pose un grave problème d’éducation.

Un immense plan de sauvetage : « L’Inde propre” » 

En novembre 2014, le premier ministre indien Narendra Moni lança un énorme plan appelé « L’Inde propre » pour financer la construction de 130 millions de toilettes dans les foyers et 50 000 dans les écoles publiques.

Les autorités revendiquent la construction de 110 millions de toilettes, mais nous sommes aujourd’hui vraisemblablement plus proche de 70 millions. Ce qui représente déjà un effort considérable.

Pourtant leur usage pose encore des difficultés :

  • Culturelles, car il s’agit d’habitudes ancrées profondément et restées encore très populaires (« faire dans un trou ») ;
  • Comme tous les grands travaux, cela a provoqué un nombre important de malfaçons, voire de décès dû au gaz lors des vidanges des citernes d’excréments.
  • Et bien sûr, d’entretien : il ne suffit pas d’avoir les équipements nécessaires, encore faut-il les entretenir et les nettoyer régulièrement.

Il ne s’agit là que du ramassage de ces excréments,

Reste aussi leur traitement (la récupération) :

Comme beaucoup de problèmes leurs solutions éventuelles constituent d’abord des questions économiques.

Comment faire de l’Argent avec de la merde ?

Il s’agit de traiter pour récupérer certains éléments utiles ou pour éliminer le reste.

  • Il existe déjà les « toilettes sèches à la sciure » : une solution quelque peu plus écologique, mais surtout folklorique, et de toutes façons peu adaptées à un usage de masse.
  • Des traitements chimiques : véritables bombes à retardement dans la nature. Surtout cela consiste à supprimer une pollution par une autre pollution (plus dangereuse).

Nombreux sont ceux qui s’attèlent à ce problème mondial, ne serait-ce que pour diminuer la consommation d’eau potable.

Est-il raisonnable aujourd’hui d’utiliser 3 litres d’eau potable, simplement pour évacuer 300 ml d’urines stériles ?

La chasse d’eau nous apparaît comme idéale : on tire la chasse et puis après ce n’est plus une question que l’on se pose et pourtant !

En premier, séparer les excréments en deux parties :

Il s’agit de deux problèmes bien distincts aisément séparables :

  • Traiter le liquide riche en composants utiles et facilement récupérables tels que : potassium, calcium, magnésium, fer, oligo-éléments, mais surtout deux nutriments dont les plantes ont grand besoin pour pousser : l’azote et le phosphore. Nous rejetons 4,5 kg d’azote et 500 grammes de phosphore par personne et par an.
  • Traiter les fèces, moins facilement récupérables, moins utilisables et surtout plus difficiles à éliminer. Les matières fécales constituent le support de la transmission du choléra, de la gastro-entérite.

De nouveaux essais de vraies solutions plus écologiques :

L’urine :

  • Seule une entreprise, Vuna, a obtenu une autorisation de mise sur le marché en Suisse pour son Aurin, d’urine concentrée vingt fois.
  • En attendant : faites au moins pipi sous la douche pour économiser l’eau de la chasse !
  • Une entreprise installée à Loupiac de la Réole recycle l’urine humaine pour la valoriser en fertilisant biologique.
  • Toopi Organics désire sortir l’urine du cycle de l’eau car “il est impensable de continuer à uriner dans l’eau potable et souhaite faire du recyclage de l’urine humaine un véritable défi de l’économie circulaire lancé aux fabricants des engrais pétro sourcés, mais aussi une formidable solution de gestion durable de la ressource en eau. 

Les matières fécales :

  • La station d’épuration de Washington DC : la plus grande usine au monde à générer de l’électricité et du compost à partir d’excréments humains.
  • Depuis novembre 2014, la ville de Bath et l’aéroport de Bristol, en Angleterre, sont reliés par un bus qui circule en partie grâce aux excréments humains.
  • Une société en Israël, extrait des eaux usées la cellulose contenue à la fois dans le papier toilette et la matière fécale pour les transformer ensuite en papier propre.

Des traitements plus « innovants » de Bill Gates :

En 2015, Bill Gates dévoile une « mini-usine » baptisée Omni Processor. Selon le principe des toilettes sèches appelées « Nano Membrane Toilet » Des latrines sans égouts qui enferment les excréments pour éviter la propagation des odeurs et les bactéries. Qui ensuite : les transforment en énergie par un processus de combustion et qui sépare ainsi l’eau des urines pour la recycler, en eau potable. La boue séchée, quant à elle, est brûlée afin que sa fumée approvisionne un générateur d’électricité. La machine s’autoalimentant grâce à la combustion.

Celui-ci a donné 3 millions de dollars à différentes équipes de chercheurs du monde entier pour que celles-ci trouvent le moyen de créer : « une alternative aux toilettes n’ayant pas besoin de plomberie, d’égouts, d’électricité, et qui coûterait 5 centimes ou moins par jour à ses utilisateurs pour être construite et entretenue ».

Et environ 300 millions de dollars déjà investis par Bill Gates pour l’installation de ses nouveaux types de latrines. Selon lui, le marché des toilettes réinventées vaut environ 6 milliards de dollars.

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